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Pastoralisme : « Le ressenti des promeneurs alimente le débat sur la dangerosité des chiens »

La généralisation du nombre de chiens de protection en alpage, n’est pas sans inconvénient, tant pour les éleveurs et les bergers que pour les autres usagers de la montagne. Entre formations, actions de communication et journées de sensibilisation à l’univers pastoral, plusieurs initiatives ont été mises en place pour que la saison se déroule dans les meilleures conditions.

Une journée a été organisée dernièrement à l’intention des responsables et encadrants des clubs Sports de Nature, et des pratiquants de l’espace naturel pastoral. Objectif : démystifier la dangerosité des chiens de protection à l’égard de l’humain.

La journée était organisée par la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations, le Conseil Départemental et le Comité Départemental Olympique et Sportif des Alpes de Haute-Provence à l’intention des responsables et encadrants des clubs Sports de Nature, et des pratiquants de l’espace naturel pastoral. Peu d’éleveurs présents, donc, lors de cette journée d’échanges sur le partage de l’espace naturel pastoral qui s’est tenue au centre Séolane de Barcelonnette le 16 mai, comme l’a regretté ouvertement Jean Debayle, président de la fédération départementale des groupements pastoraux des Alpes de Haute- Provence (Estivalp). « Maintenant, les gens qui ont des activités physiques ignorent le monde pastoral et le monde pastoral les ignore. Si on veut trouver des solutions, il faut qu’on le fasse ensemble ».
La journée était, de fait, essentiellement destinée à sensibiliser au pastoralisme et à ses contraintes les autres usagers de la montagne que sont les randonneurs, vététistes, parapentistes et autres promeneurs occasionnels. A ses contraintes, c’est-à-dire à l’obligation désormais incontournable – au sens propre comme au figuré – de composer avec la présence d’un nombre conséquent de chiens de protection dans les alpages en période estivale. Selon les chiffres donnés à cette occasion par la DDT, le seul département des Alpes de Haute-Provence compte 761 chiens dont l’acquisition a bénéficié d’aides de l’Etat.

« La peur du patou a intégré le psychisme »

« La prédation et la protection des troupeaux sont venus chambouler les pratiques pastorales et les rapports entre pastoralisme et activités récréatives », a rappelé Sylvain Golé, ingénieur au Cerpam. Ô combien ! « Depuis deux ou trois ans, entre le 1er juillet et le 15 septembre, on voit arriver quasiment tous les matins des randonneurs en colère parce qu’ils ont eu peur d’être attaqués », a pointé le maire de La Bréole Roger Masse. Fort heureusement, et cela a été souligné, il y a bien souvent plus de peur, effectivement, que de mal. En 2017, selon les chiffres donnés par les représentants de la DDT, on a compté 28 incidents, 10 morsures et 10 dépôts de plainte, étant entendu que la qualification d’incident ne signifie pas forcément morsure, laquelle n’est pas non plus nécessairement à l’origine du dépôt de plainte.
Autrement dit, il y a une marge entre le ressenti de la personne effrayée et la réalité du danger auquel elle a été exposée. « La peur du patou a intégré le psychisme », a pointé Sylvain Golé en confirmant que l’on était dans une situation où la peur avait « dépassé » la réalité. « La majorité des chiens maîtrisent leurs morsures », a confirmé l’éthologue Jean-Marc Landry, intervenu pour initier son auditoire à l’interprétation des comportements canins : « le ressenti des promeneurs alimente le débat sur la dangerosité des chiens ».
Reste que des problèmes existent et qu’ils sont à prévenir. Car si les randonneurs se plaignent de l’agressivité des chiens, les éleveurs et les bergers ont, eux, à se plaindre également de cas de maltraitance sur les chiens aussi inadmissibles en soi que susceptibles d’engendrer ultérieurement des comportements d’agressivité réactionnelle de la part du chien : coups de bâton, utilisation de bombes au poivre ou de bombes lacrymogène, voire d’une matraque télescopique (!) ont ainsi été constatés. Et quand il y a plainte, l’agression change de camp. C’est ainsi que Max Richard (Estivalp) a témoigné avoir été « agressé par la Gendarmerie » parce que l’un de ses chiens avait « pincé » un promeneur. « Les éleveurs se sentent agressés au niveau juridique. La problématique devient générale », a-t-il commenté. Après une matinée dédiée à l’inventaire des problématiques, l’après-midi était consacrée à la présentation de solutions.

« Le chien reste ce qu’il y a de mieux pour une protection efficace »

Jean-Marc Landry est ainsi intervenu afin d’apporter des informations relatives aux comportements canins et aux attitudes à adopter lorsqu’on est confronté à un chien de protection. Ce qui est, a-t-il rappelé, une « problématique nouvelle ». « C’est la première fois que le chien de protection travaille dans des zones touristiques ».
Et de commencer par rappeler ce qui est attendu d’un chien de protection : à savoir, pouvoir rester seul au troupeau – autrement dit, travailler en totale autonomie – rester à proximité du troupeau, faire face à des prédateurs et être tolérant à l’humain. Un « degré d’exigence très important », soulignera l’éthologue qui pointera néanmoins, contrairement à ce que l’on serait tenté d’imaginer, que les études n’ont montré aucune « corrélation entre l’agressivité face à des prédateurs et l’agressivité avec les humains ».
Il a également pointé, en réponse à une intervention dans le public, que si les ânes (de par leur comportement territorial) ou les lamas, susceptibles d’être utilisés pour protéger des troupeaux, pouvaient présenter une certaine efficacité face, notamment à de petits prédateurs pour le lama, « le chien reste ce qu’il y a de mieux pour une protection efficace ».
En outre, « les chiens de protection sont très dissuasifs, mais ce ne sont pas des chiens d’attaque ». Dans la majorité des cas – « un chien peut toujours poser problème » - un comportement adapté permet donc d’éviter les incidents. « Le comportement du randonneur n’est problématique que lorsque le chien va au contact ». Entre autres conseils, Jean-Marc Landry a donc préconisé, outre de faire l’économie d’un comportement menaçant à l’égard du chien, de se signaler quand on approche du troupeau (en sifflant, par exemple) afin d’éviter que le chien ne soit pris par surprise. S’il vient au contact, il est impératif de s’arrêter, a fortiori de descendre de son vélo, et de faire face au chien : « la majorité des morsures sont faites par derrière ». Il est également conseillé de lui parler. Si le chien rentre dans la sphère individuelle du promeneur – pour faire simple à moins d’un mètre – ne pas hésiter à placer un vêtement ou un sac entre soi et l’animal pour rétablir une distance de sécurité qui permettra tout à la fois de permettre de « sentir » l’humain, et au promeneur inquiet de garder une posture suffisamment « relâchée ». Des conseils à suivre lorsqu’il est impossible de contourner le troupeau, ce qui reste encore la meilleure des solutions.

Stéphanie Martin-Chaillan