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Blé dur : une catastrophe !

CLIMAT | Les incessantes pluies printanières et estivales ont eu des conséquences particulièrement délétères sur les cultures de blé dur dans les Alpes-de-Haute-Provence.

«Nous avons affaire à un climat archi-exceptionnel. A priori, on n’a jamais connu ça », avance Stéphane Jézéquel, ingénieur ARVALIS- institut du végétal. Les fortes pluies qu’a connues le département des Alpes-de-Haute-Provence de la fin avril à la mi-juin, sont pour ainsi dire inédites. « Durant cette période, on a connu tout juste l’équivalent de sept à huit jours sans pluie ». « Depuis 30 ans que je suis agriculteur, je n’ai jamais connu une récolte aussi minable que cette année », confirme le président de la coopérative céréalière de Forcalquier Frédéric Esmiol.

Une pluviométrie exceptionnelle qui n’a pas été sans conséquence sur la production de blé dur. « En quantité, il n’a pas plus tant que ça. On tourne autour de 150 mm. Seulement, on n’a pas eu de belles journées permettant de sécher les cultures », explique Stéphane Jézéquel. Qui plus est, « la période la plus humide, aux environs du 25 mai, est tombée au moment de la floraison, où le blé dur est le plus vulnérable aux maladie ».
La plupart des producteurs de blé dur du département ont donc vu leurs cultures impactées par la fusariose et plus particulièrement par Microdochium, un champignon très agressif, qu’il est donc très difficile de traiter avec des fongicides. L’impact de la maladie est à la fois quantitatif et qualitatif. Les pertes de rendement peuvent atteindre 50 % et la valeur semoulière est affectée, avec des poids spécifiques très faibles (grains échaudés), voire la moucheture (traces noires sur le grain). Le plateau de Valensole, fort des terrains plus séchants que sur d’autres secteurs du département, a moins souffert, mais d’une manière générale, aucun céréalier n’a été épargné. Au point de vue quantitatif, « il y a eu 25 q/ha en moyenne de pertes sur l’ensemble du département », estime Stéphane Jézéquel, qui ajoute : « il y avait sur les bonnes parcelles des potentiels de 75 q/ha. Elles ont fait 45 q/ha. En fait, les plus belles parcelles sont celles qui ont le plus perdu. »

Une production en grande partie impropre à la consommation humaine

Ainsi, sur la zone de collecte du secteur de Forcalquier, heureusement que les céréaliers bénéficient d’une récolte au niveau des orges et du blé tendre qui reste correcte et de prix soutenus. Car, sur le blé dur, « on subit une diminution de la production d’environ 30 % par rapport à l’an dernier, détaille Frédéric Esmiol. On a perdu en quantité et en qualité. On a rentré à peu près 3 000 tonnes contre 4 500 tonnes l’an dernier et en qualité, plus de la moitié de la collecte présente des PS (poids spécifique, ndlr) en dessous de 70 kg/hl ».

Une grande partie de la production sera donc vendue au profit de l’alimentation animale, soit à un prix qui se situe entre 170 et 190 euros/tonne. « Et ce qui est particulièrement inquiétant, poursuit le président de la coopérative, c’est que le Canada bénéficierait d’une très belle récolte tant au niveau quantitatif que qualitatif ». Conséquence de cela : « alors qu’on pouvait espérer valoriser nos blés durs au moins localement avec les semouleries du coin, celles-ci ne sont pas au marché parce qu’elles attendent, en sachant qu’il y aura des récoltes avec des qualités intéressantes dans d’autres parties du monde ». Au niveau de la coopérative, on prévoit d’ores et déjà des conséquences sur les emplois : « Au niveau du personnel, on com mence à parler de chômage partiel. On prendra des décisions fin septembre pour essayer de passer le cap ».
Faut-il incriminer le dérèglement climatique ? Stéphane Jézéquel ne l’exclut pas. De sorte que l’exception pourrait bien devenir la règle. En témoigne l’année 2017. « De mai à décembre, nous avons été confrontés à une sécheresse exceptionnelle », rappelle-t-il. « Cela a moins de conséquences sur les cultures pluriannuelles, mais sur les cultures annuelles, il va devenir nécessaire de changer de conduite de culture ».  

St.M.C.