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De l’intérêt d’une gestion durable de la forêt

GESTION FORESTIÈRE | Une visite sur un chantier forestier a été organisée à Jausiers par la Chambre d’agriculture et le CRPF

C’est sous l’égide de Stéphane Nalin, du CRPF (Centre Régional de la Propriété Forestière), et Nicolas Milesi, de la Chambre d’agriculture des Alpes-de-Haute-Provence, qu’une réunion sur site était organisée le 21 septembre sur la commune de Jausiers, à deux pas du hameau de la Frache, dans la vallée de l’Ubaye pour y présenter un chantier forestier.

Une première réunion commune aux deux organismes qui fait suite à la mise en place l’an dernier d’un service régional « Valorisation du Bois et Territoire », créé au sein des Chambres régionales d’agriculture. « Ce service vise à pérenniser des actions autour de la forêt en partenariat avec le CRPF », explique Nicolas Milesi. C’est à ce titre qu’un contact a été établi l’an dernier avec les propriétaires forestiers concernés Lucien Gilly et Serge Rebattu. Cela a donné lieu à une visite terrain et à l’identification de deux secteurs d’interventions.

« Sur le secteur à l’est de la Frache, on avait repéré la possibilité de mener une opération sylvicole ‘pure’ visant à améliorer les peuplements forestiers », explique Stéphane Nalin. Sur ce secteur, c’est le CRPF qui a assuré le travail d’animation et a apporté un appui aux propriétaires pour la consultation des gestionnaires : six propriétaire ont été regroupés et sensibilisés à la gestion forestière pour une surface de 46 ha et un potentiel de 3000 m3 de bois. La commune a aussi rejoint l’opération pour des parcelles ne relevant du régime forestier.  Sur cette zone d’éclaircie, il est prévu de laisser environ 400 arbres par hectare.

L’opération en cours à l’est de la Frache est portée par l’association syndicale libre (ASL) de Jausiers. Pour les petits propriétaires, le regroupement via notamment une ASL, peut faciliter la mise en œuvre d’opérations sylvopastorales. « Cela permet de fédérer les propriétaires, de faire des appels d’offre, d’essayer de capter des financements que ce soit pour du broyage, pour des pistes par exemple », indique Stéphane Nalin.  Pour rappel, le CERPAM est l’interlocuteur privilégié pour les questions relatives à la gestion de la ressource pastorale et les aides financières liées au broyage.

Le second secteur, qui faisait l’objet de la visite, est situé sur le versant ouest de la Frache. Il est constitué de zones présentant un intérêt en matière d’amélioration des peuplements et d’autres demandant plutôt à être éclaircies dans une perspective sylvopastorale. « On garde alors en moyenne un arbre tous les six ou sept mètres soit environ 250 arbres à l’hectare correctement répartis dans l’espace », indique Nicolas Milesi. Sur ce secteur, laChambre d’agriculture a apporté un appui à l’ASL de Jausiers pour la consultation des gestionnaires (guide technique avec cartographie des peuplements, descriptif des interventions).

Le rôle du gestionnaire forestier

Suite au travail d’animation conjoint du CRPF et de la Chambre d’agriculture, c’est le gestionnaire Alcina (représenté par Olivier Chandioux) qui a été retenu par les propriétaires et l’ASL. Le gestionnaire a en charge de préparer les coupes, d’organiser la vente des bois et de suivre les chantiers. Olivier Chandioux a pu rappeler le rôle d’un gestionnaire forestier lors de cette visite terrain. La présentation du marquage des coupes de bois a permis aux participants d’appréhender la différence entre une intervention sylvicole pure et une intervention sylvopastorale. Olivier Chandioux a par ailleurs indiqué qu’une conjoncture défavorable sur le marché du bois suite à la fermeture temporaire de l’usine de Tarascon durant l’été 2018 expliquait que la coupe n’ait pas encore été vendue. Toutefois, les intervenants se sont voulus rassurants sur le fait qu’il ne s’agissait là que d’un phénomène conjoncturel ne remettant nullement en cause la viabilité économique de l’opération. La totalité de l’opération porte sur environ 16 ha  (1400 m3 de bois). Plusieurs contraintes ont dû être prises en compte pour le chantier, en l’occurrence la présence du circaète Jean-le-blanc, qui limite les périodes possibles d’exploitation), et le dossier loi sur l’Eau pour la sortie des bois.
A l’occasion de la visite, Cécile Brul de la DDT a rappelé l’importance de ne pas confondre le sylvopastoralisme avec le défrichement, qui est une perte de la vocation forestière de la parcelle, au risque d’être pénalisé. En effet, la réglementation sur le défrichement est assez contraignante et peut notamment contraindre au versement d’une compensation financière.

Un important enjeu sylvopastoral

Pour les deux propriétaires, Serge Rebattu et Lucien Gilly, la démarche repose sur un fort enjeu pastoral. « En tant qu’éleveur ovin, il est primordial de regagner du pâturage. Le pin sylvestre a une vitesse de colonisation phénoménale », commente Serge rebattu, qui est installé en GAEC sur la commune. « Les terrains qui, avant, étaient pâturés, il faut les regagner en pâturage. En revanche, sur des endroits qui étaient initialement forestiers, on va nettoyer la forêt pour améliorer les peuplements. Parce que j’aimerais que mes enfants, plus tard, ils aient aussi de beaux arbres… Les arbres qui n’ont aucun avenir seront enlevés au profit d’arbres qui en ont un ». Sur 130 ha de forêts, il espère en consacrer une centaine à une activité pastorale.

Pour Lucien Gilly, lui-même éleveur à la retraite et propriétaire une trentaine d’hectares de forêts, l’enjeu est avant tout sylvopastoral. « Certaines de nos parcelles sont imbriquées. Plutôt que de passer par un remembrement, j’ai fait avec M. Rebattu une convention pluriannuelle de pâturage », explique-t-il. « Il y a des parcelles qui, autrefois, étaient des prés de fauche et qui, depuis 30 ans, n’ont plus été exploitées et ont donc été colonisées par le pin sylvestre. Avec M. Rebattu, on s’est dit qu’il y avait un potentiel de pâturage qui avait été détruit et qu’on souhaite restaurer », poursuit l’ancien éleveur qui voit dans cette opération un intérêt autant économique qu’écologique… « On a plaisir à voir son patrimoine valorisé en tenant compte de toutes les données environnementales. La forêt raisonnée et le pastoralisme permettent de maintenir les milieux ouverts, et je pense que c’est bon pour la biodiversité ».

St.M.C.