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La mycorhization contrôlée : une solution pour faire face au dépérissement ?

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Piloté par l’Université Européenne des Saveurs et des Senteurs, le projet Mycolav pourrait constituer un tournant dans la lutte contre le dépérissement de la lavande et du lavandin.

La mycorhization contrôlée serait-elle la solution pour faire face au dépérissement de la lavande et du lavandin ? C’est en tout cas l’espoir qui est au coeur du projet Mycolav. Piloté par l’Université Européenne des Saveurs et des Senteurs (UESS), ce projet très innovant rassemble le Centre Régionalisé Interprofessionnel d'Expérimentation en Plantes à Parfum Aromatiques et Médicinales (CRIEPPAM), le Laboratoire d’Écologie Alpine de Grenoble (LECA) et la start-up sophiapolitaine MYCOPHYTO.

Jusqu’ici, la filière bénéficiait d’un certain nombre de solutions plus ou moins satisfaisantes pour lutter contre la cicadelle Hyalesthes obsoletus, porteuse du phytoplasme du Stolbur, la bactérie responsable du dépérissement. En effet, l’utilisation d’insecticides n’est pas envisageable car les larves vivent dans le sol, ce qui les rend intouchables par un insecticide classique. Quant aux adultes, leur période de vol correspond à la période de floraison des lavandes et des lavandins, et donc à la présence d'abeilles… La lutte chimique contre le phytoplasme est également compliquée du fait de l’interdiction en France de l’usage des antibiotiques sur les cultures.

Ne reste à la profession que des méthodes alternatives de lutte biologique indirecte parmi lesquelles l’utilisation de plants sains et de semis directs de lavandes, l’enherbement des inter-rangs ou encore la pulvérisation d'argile pendant la période de vol des cicadelles. Le problème est que si ces méthodes ralentissent la propagation de la maladie, elles ne suffisent pas à l’endiguer complètement et le dépérissement demeure un fléau pour une filière qui représente tout de même dans le sud de la France plus de 20 000 hectares et 9 000 emplois directs.

Des champignons naturellement présents dans le sol

Le principe du projet Mycolav repose sur l’utilisation de la mycorhization contrôlée via l’implantation de champignons mycorhiziens à arbuscules (CMA).
En fait, ces champignons, dont la présence naturelle a considérablement diminué avec l’appauvrissement des sols lié notamment à l’agriculture intensive, se développent en symbiose au niveau du système racinaire des plantes. « La mycorhize bénéficie autant à la plante qu’aux champignons. Les champignons vont fournir un système racinaire plus développé et la plante va leur fournir l’énergie dont ils ont besoin », explique Delphine Fraty, du CRIEPPAM.
Les bénéfices que procure la symbiose mycorhizienne aux plantes ne sont pas négligeables : augmentation du volume de sol exploré, optimisation de l’absorption de l’eau et des éléments nutritifs, protection contre les pathogènes racinaires ou encore résistance aux stress abiotiques (sécheresse, salinité et pollution par les métaux lourds). Il ne s’agit donc en aucun cas d’une méthode de lutte directe contre le dépérissement. La mycorhize a un effet biostimulant qui, poursuit Delphine Fraty, « pourrait permettre aux plantes d’être moins sensibles à la maladie ou de moins exprimer les symptômes de dépérissement ».

Des essais sur les plateaux de Valensole et d’Albion

« Le laboratoire d’écologie alpine de Grenoble, qui a en charge l’identification des espèces de champignons mycorhiziens, a donc prélevé des champignons sur les plants, lesquels ont été mis en culture et bouturés par MYCOPHYTO. Sur les trois premiers mois, il apparaît que les plants mycorhizés ont une croissance de + 40% par rapport aux plants non mycorhizés », précise Olivier Bagarri, directeur de l’UESS.
Reste à déterminer la postérité de cette symbiose et ses effets au long cours sur les plantes. En septembre dernier, le CRIEPPAM a débuté des essais en plein champ sur les plateaux de Valensole et d’Albion en agriculture biologique et en conventionnel. « Nous avons planté 3 000 m² de plants sur les deux sites. Au niveau variétal, nous avons planté du lavandin Grosso, qui est plus tolérant au dépérissement, et du Super chez Julien Barboni, à Valensole, et des lavandes Diva et 77/13 sur l’exploitation de Michel Blanc à Ferrassières dans la Drôme », précise Delphine Fraty. « Nous verrons à la première coupe ce que ça donnera et si les plants mycorhizés sont moins atteints que les plants témoins. Pour nous, ce projet constitue une opportunité d’augmenter la durabilité de notre système de productions. Si on arrive à diminuer le dépérissement grâce à ces leviers, c’est fabuleux ».
Nous n’en sommes toutefois qu’au début de l’aventure. « Si ça devait marcher, il faudrait industrialiser le procédé », rappelle Olivier Bagarri. D’un coût global de 206 764,78 €, ce projet bénéficie de financements du conseil régional SUD Provence-Alpes-Côte d’Azur et de l’Union européenne dans le cadre du Fonds européen agricole pour le développement rural – Programme de Développement Rural Régional 2014-2020 à hauteur de 132 329,46 €. 

St.M.C.