Vous êtes ici : Accueil > Les Actualités proches de vous

Détail de l'actualité

Accéder aux flux rss de notre siteImprimer la page

Le printemps diluvien handicape lourdement les productions agricoles

Les averses incessantes de ces dernières semaines ne sont pas sans conséquence sur les cultures et les agriculteurs prévoient une baisse significative de leurs rendements.

La sécheresse ne mène pas à la famine a-t-on coutume d'entendre dans le monde agricole… Par contre l'excès d'eau oui !
Après l'année 2017, affectée par un déficit d'eau dramatique, voilà que le printemps 2018 se fait diluvien et, partant, tout aussi traumatisant pour les cultures. Les secteurs les plus touchées du dépar tement des Alpes-de- Haute-Provence concernent logiquement les vallées et les zones humides.

« Tous les secteurs agricoles sont touchées par cet excès d'eau, commente Frédéric Esmiol, président de la chambre d'agriculture des Alpes-de-Haute- Provence. Depuis les éleveurs qui n'ont pas pu faucher le fourrage de printemps récolté début mai jusqu'aux céréaliers. Car cet excès d'eau va notamment gravement impacter le blé dur. On s'attend à 30 à 40 % de baisse de rendement et une qualité moindre ; de surcroit dans un contexte difficile ».
« Suite à la sécheresse de l'an dernier, on a arrosé pour faire lever les blés durs, explique à son tour Guy Subes, vice-président de GPS. Cela faisait longtemps qu'on n’avait pas vu pareil potentiel de production. Malheureusement, la fusariose, conséquence de cette météo trop pluvieuse, a fusillé la récolte à près de 80 % ».

Côté maraîchage même constat. « Le melon est très sensible à l’oïdium et au mildiou, favorisé par la chaleur et les conditions humides, commente Isabelle Eyraud, productrice à Pierrerue. D'où des conséquences non négligeables sur la maturation. On est forcément en retard sur l'ensemble de la saison de production et on ne sait pas ce que l'avenir nous réserve. Déjà, on sera en difficulté pour fournir certains clients comme les transformateurs en fruits confits ». Et cette météo très défavorable a aussi impacté les autres cultures comme les tomates ou les légumes.

Tout n'est pas perdu...

« Un excès d’eau fait rentrer la culture en anoxie (défaut d’oxygène) et bloque donc son métabolisme, ajoute Guy Subes. En cas d’excès d’eau (immersion ou simple excès d’eau), la plante réduit, voire arrête son métabolisme et ne peut donc pas alimenter les grains en cours d’initiation. On peut donc s’attendre à 30 à 100 % de perte de rendement selon les cas comme par exemple pour le pois chiche. Evidemment, pour la culture en place, il n’y a pas d’intervention possible et raisonnable et, de toute façon, les conditions ne rendent pas les parcelles praticables. Dans de nombreuses situations où les cumuls de pluie ont dépassé 50- 60 mm, les sols auront été gorgés en eau pendant plusieurs jours ; cela engendre une anoxie temporaire des racines, en plus du faible rayonnement solaire ».

Jusqu'à la pollinisation par les abeilles qui n'a pas pu se faire, les insectes ne pouvant pas sortir des ruches ! Ou du repiquage des betteraves sanctionné par 15 jours de retard. Sans parler du tournesol et du maïs. « A cause de cet excès de pluie, on n'a pas pu semer quand ça se joue à deux trois jours près, ajoute Frédéric Esmiol. Le décalage ne pourra pas être optimal. Le tournesol est aussi très sensible au mildiou. On va récolter fin septembre, ce qui va jouer sur la qualité. Pour les fruitiers, il y a des problèmes d'éclaircissage, sans parler des traitements obligatoires en raison de l'excès d'eau occasionnant des coûts de traitement supplémentaires ». « Il faut un certain équilibre entre l'eau et le soleil. Si vous avez trop d'eau, le fruit n'est pas assez sucré, mais si vous manquez d'eau, le fruit sera acide, précise un arboriculteur. Quand les arbres sont inondés il y a aussi beaucoup de pression au niveau des maladies endémiques ».
Le seul secteur qui pour l'instant est relativement épargné, c'est le secteur des plantes à parfum qui l'an dernier a été sinistré... par la sécheresse ! « Tout n'est pas perdu, conclut Frédéric Esmiol si la météo devient enfin favorable... ».

B.F.