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Pesticides : « Il faut que nous soyons capables de faire évoluer nos pratiques »

Une réunion technique a été organisée le 13 septembre afin de constater sur le terrain l’efficacité des biostimulants pour réduire, voire supprimer l’utilisation des pesticides.

« Je ne suis plus obligé de mettre des gants et un masque, rien que ça, ça vaut tout l’or du monde », s’enthousiasme Frédéric Esmiol. Au GAEC de Font Reynière sur la commune de Mane, qu’il co-gère avec son frère Rémy, le parti a été pris de remplacer le tout chimique auquel les agriculteurs avaient recours pour protéger leurs 60 ha de salades plein champ, par l’utilisation de biostimulants et de ne réserver l’utilisation de produits phytosanitaires qu’à titre curatif.
Le 13 septembre dernier, une visite de l’exploitation a été réalisée avec l’entreprise commercialisatrice afin de faire le point sur l’efficacité de ces produits. Pour rappel, les biostimulants sont des stimulateurs de défenses naturelles des plantes. Utilisés à titre préventif, ils ont pour intérêt de permettre à leurs utilisateurs de réduire l’utilisation de produits phyto en culture. « Ce sont des produits naturels et alimentaires, qui servent à protéger les plantes aussi bien contre les maladies fongiques que contre les insectes », résume Frédéric Esmiol.
En l’espèce, explique Jérémy Fra, ingénieur dans l’entreprise qui commercialise ces biostimulants, « le but est d’éviter que la culture ne tombe malade. On la renforce avec des oligoéléments, notamment le calcium, pour qu’elle soit plus forte et moins vulnérable aux ravageurs. Les parois cellulaires devenant plus épaisses, les insectes piqueurs-suceurs ont plus de mal à piquer la salade. Idem pour le mycélium, qui a plus de mal à rentrer dans la cellule ».

Efficace mais onéreux

« Lorsqu’on a été démarchés il y a trois ans, le procédé ne nous déplaisait pas. Le problème, c’est qu’on ignorait comment allaient réagir les plantes et si ce n’était pas un peu de la poudre de perlimpinpin », confie Frédéric Esmiol. La première année, ils se sont acheté quelques bidons, « pour voir ». Et justement, « on voyait qu’au niveau de la protection des plantes, c’était au moins équivalent au chimique ». L’année d’après, ils décident donc de placer la moitié des cultures sous biostimulants et de conserver les anciens traitements sur l’autre moitié. Sur la partie traitée aux biostimulants, assure Frédéric Esmiol, « on s’est rendu compte que la plante était plus vigoureuse, que la qualité était beaucoup plus homogène ».

Cette année, le GAEC a décidé de traiter l’intégralité des cultures de salades avec les biostimulants, alors même que les conditions climatiques étaient plus favorables à une augmentation de la pression de prédation que les années précédentes. « Nous avons juste dû intervenir une fois en début de saison contre une attaque de pucerons, et une fois en milieu de saison contre une attaque de noctuelles », détaille le cultivateur.

Une panacée ? Difficile à dire. « Aucune étude comparant les pratiques avec des résultats d'essais (comparaison de rendement, de qualité des salades ou autres production, de coût, sur plusieurs années et plusieurs sites de production) n'a été présentée », indique Sarah Parent, conseillère en productions végétales à la Chambre d’agriculture 04. L'entreprise précise qu’elle préfère laisser les agriculteurs faire leurs constats par eux même et leurs propres expériences. Le coordonnateur technique de l’entreprise Roman Guy met néanmoins en exergue l’absence de problèmes de nématodes sur les cultures du GAEC de Font Reynière. « Si on prend une problématique comme le bremia, auxquelles les conditions climatiques étaient favorables, produire 60 ha de salades sans fongicide sur deux ans sans en avoir, cela veut dire soit que l’on a énormément de chance, soit que le produit marche ». Les traitements aux biostimulants ne sont cependant pas sans inconvénient. « La cadence n’est pas la même qu’avec le chimique : il faut intervenir toutes les semaines », admet Frédéric Esmiol. Le coût n’est pas le même non plus… « Ça représente trois fois le coût du chimique ». Un choix que l’on fait donc moins pour des raisons économiques que pour répondre à des enjeux sanitaires et aux attentes des consommateurs. « C’est dans l’air du temps et il faut que nous, en conventionnel, soyons capables de faire évoluer nos pratiques. Les consommateurs nous surveillent, ce qui est normal, et ce genre de pratiques peut contribuer à les rassurer ».

St.M.C.