Vous êtes ici : Accueil > Les Actualités proches de vous

Détail de l'actualité

Accéder aux flux rss de notre siteImprimer la page

Rencontre : «Mon objectif est d’être un Etat qui accompagne »

Rencontre avec Olivier Jacob, préfet des Alpes-de-Haute-Provence.

Vous avez pris vos fonctions le 9 juillet dernier. Que retirez-vous de ces premiers mois dans le 04 ?
J’ai désormais pu rencontrer l’ensemble des acteurs du département. Ce qui me frappe, d’abord, c’est que c’est un département où, en tant que représentant de l’Etat, j’ai toujours été très bien accueilli. Un accueil républicain, simple, direct, chaleureux. Ici, on dit les choses et c’est ce qui m’a marqué sur la forme. Sur le fond, et notamment par rapport à l’activité agricole, j’ai trouvé une agriculture diversifiée, toujours très présente dans l’identité de notre territoire, de beaux fleurons – je pense par exemple à la filière parfums, arômes, senteurs – et certains secteurs qui souffrent plus comme le pastoralisme ou l’arboriculture. Depuis mon arrivée, je me suis attaché à être au contact des acteurs locaux et, singulièrement, des acteurs agricoles. J’ai saisi à chaque fois les occasions qu’ont pu constituer les foires, des déplacements sur les exploitations ou, dernièrement, la session de la chambre d’agriculture.


Puisque vous avez eu l’occasion de balayer l’ensemble des filières, quel regard portez-vous sur la valorisation des productions départementales ?
Il y a un secteur qui paraît exemplaire, c’est celui des parfums et arômes. Nous avons là une filière qui est remarquablement structurée presque de bout en bout puisqu’on a à la fois de la production, mais aussi de la recherche et du développement, de l’enseignement, ainsi que la commercialisation et la vente. On a vraiment, et je pense que c’est assez unique sur un territoire en France, tous les leviers qui font la richesse d’un secteur. A côté de ça, on a d’autres secteurs où il est plus compliqué de se structurer. Je songe notamment à l’arboriculture…


A fortiori depuis la fermeture de marchés internationaux…
Je pense en effet à l’embargo russe et à la fermeture du marché algérien. On constate que dans ces caslà, lorsqu’une exploitation est seule, elle a beaucoup plus de mal à faire face à ces évolutions soudaines de marchés. Face à ces retournements de conjoncture – et je crains dans la période que l’on vit qu’ils ne soient de plus en plus fréquents – une exploitation seule est beaucoup plus fragile. Il ne s’agit pas de donner des leçons, mais c’est peut-être un secteur qui mériterait que ça se structure et que l’on s’unisse un peu plus.


De quels moyens les filières pourraient- elles disposer pour développer de la valeur ajoutée ?
Ce sont des réflexions qui doivent se bâtir au niveau de la profession. Les élections à la chambre d’agriculture qui vont arriver sont aussi un moyen d’évoquer ces sujets dans les programmes des différentes listes. L’Etat peut accompagner, mobiliser parfois des organismes ou instituts nationaux, mais la réponse et la mobilisation doit d’abord et avant tout venir du terrain.

Certes. Néanmoins, les agriculteurs sont confrontés à une situation inédite qui engage malgré tout l’Etat : réglementation contraignante, attentes sociétales complexes, producteurs qui souffrent de ce qu’on appelle aujourd’hui un « agribashing ». Tous ces éléments s’intègrent nécessairement dans les réflexions de filières…
C’est pour ça – et je le disais lors de la session de la chambre d’agriculture – que je tiens à mettre en valeur l’ensemble de ces métiers et à bien souligner leur importance dans notre département. Ce que je disais aussi aux exploitants agricoles c’est que, bien sûr, je suis là pour appliquer la règle, mais ce que nous demande le président de la République dans l’application de la règle, c’est aussi d’avoir l’art et la manière de l’appliquer. Une règle est souvent sujette à interprétation et mon objectif, plutôt que d’être un Etat tutélaire, est au contraire d’être un Etat qui accompagne.


Qu’entendez-vous par « être un Etat qui accompagne » ?
On va avoir un sujet qui préoccupe les exploitations agricoles, c’est la question de la cartographie des cours d’eau. Cette carte n’est pas établie pour l’instant dans le département des Alpes-de-Haute-Provence et je vais devoir, à un moment donné, arrêter une cartographie des cours d’eau. C’est typiquement le sujet où l’application de la règle peut être stricte ou intelligente. Eh bien, avec la chambre d’agriculture, nous avons défini une méthodologie de définition des cours d’eau et maintenant nous allons devoir faire les cartes. Comme nous le disions avec le président de la chambre, entre la position maximaliste à 12 000 km de cours d’eau, et la position minimaliste à 5 000 km de cours d’eau, il va falloir qu’on discute avec la profession agricole pour trouver une position équilibrée. C’est un exemple de l’application de la volonté de l’Etat qui accompagne et qui discute. Ce que je souhaite, à la fin, c’est trouver une carte qui soit consensuelle et comprise par les parties. C’est ce que j’avais réussi à faire dans l’Hérault et dans le Nord, alors j’ai bon espoir qu’on y arrive dans les Alpes-de-Haute-Provence. 

Téléchargez la suite de l'article de l'Espace Alpin n°337